Je suis la pire de vos collègues mais jamais vous ne me remarquerez. Dans le monde du travail, je vis à vos côtés 35 heures par semaine, sème le désordre par ci, par là, crée le doute, le conflit et pourtant…. Qu’est-ce que vous m’aimez !

Mais aujourd’hui, j’ai envie de faire ma bonne action du mois. Je vais être sympa avec vous les filles. Je vais vous dévoiler mes différentes stratégies. Je vais vous expliquer de quelle manière je vous manipule toutes et de quelle manière je demeure, malgré tout une collègue de confiance.

sourire

1. Mon sourire :

Vous vous en doutez. Le sourire est le meilleur de mes atouts de garce. Tout le monde aime voir une personne sourire et je le sais. Alors j’use du mien à outrance mais avec finesse tout de même.

Ce qui est drôle c’est que avez beau faire ou dire n’importe quoi, dans la limite du raisonnable, si vous le faite avec un sourire explosif aux lèvres, votre public l’acceptera et sourira avec vous.

Mais mon sourire a aussi comme objectif de vous rassurer. Et oui.

Imaginez-vous. Nous sommes Lundi matin et vous venez, à l’instant d’embaucher à un nouveau poste. Imaginez-vous le stress qui se balade librement en vous. Vous avez une dose incroyable d’appréhension. Pour cause. Nouvelles collègues. Nouvelles responsabilités. Nouveaux défis. On va vous observer et juger vos premières minutes de travail. Vous avez conscience de tout ça. Tout le monde à conscience de ça. Bienvenue dans le monde des femmes.

Ce premier jour va être un baromètre pour vous ainsi que pour la nouvelle équipe avec laquelle vous allez travailler.

Vous arrivez donc ce premier jour au bureau et vous avez immédiatement quelques paires de yeux posées sur vous. ON vous juge déjà. Oui. Vous êtes jugé sur votre tenue, votre posture, votre coupe de cheveux… Et vous le savez même si (entre nous) il vaut mieux faire comme si tout allait très bien. NO Stress.

C’est là que vous allez tomber sur mon sourire.

Oui, c’est bien le messie que vous venez de croiser. Mon sourire va vous redonner une énergie et une force qui va vous faire un bien fou. Vous allez vous dire : 

– Si elle me sourit, c’est que tout va bien. 

Vous allez vous dire :

– Si elle me sourit, c’est que je plais. 

Mais vous allez aussi partir dans d’absurdes idées rassurantes telles que :

– Elle me sourit! OK, ma coupe de cheveux est en adéquation avec ma tenue.

– Elle me sourit, j’ai la bonne posture.

– Elle me sourit, elle doit aimer mon prénom. Sa fille doit porter le même.

Ne riez pas ! C’est exactement ce que vous allez penser l’espace de quelques millièmes de secondes. C’est d’un ridicule confirmé mais…cela va vous faire un bien fou.

Ça y est. J’ai commencé à vous charmer. Vous allez m’aimer mais moi, je ne vous aime absolument pas.

Mon sourire a la même magie sur des personnes qui n’en n’ont pas besoin pour se sentir en sécurité… Mon chef Nicolas mignon à croquer, les anciennes du service…

Mon sourire va leur donner de l’importance et par ricochet, je vais essayer d’en dérober…

Comment je le sais ? J’observe beaucoup plus que vous toutes réunies !


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2. J’observe :

Ma capacité à vous observer fait ma force. J’observe tout ce qui se déroule autour de moi. Je vous observe toutes. La manière de vous tenir, de parler, de rire. J’observe même votre manière d’observer. Ça en dit long sur chacune d’entre vous mais vous ignorez à quel point, je le sais.

Quand je regarde un groupe de collègues discuter par exemple, je remarque très rapidement qui mène le sujet, qui ose parler plus fort que les autres, qui se maintient légèrement à l’écart, qui se contente de sourire, qui ose contredire l’idée générale, qui ne réagit pas…

Toutes vos attitudes définissent qui vous êtes.

Vous ne me croyez pas.

Je vous donne une exemple concret.

Nous sommes Vendredi midi. Dans quelques heures, c’est le week-end. Mais pour le moment, nous dévorons notre déjeuner et l’ambiance est à son comble. Rire, blague, on échange sur le chef plutôt mignon du 1er étage… Bref, il y a de la vie.

Autour de la table il y a différentes personnes qui s’expriment et aucune ne s’expriment de la même façon. Vous le savez, n’est-ce pas ?

Prenons Marie, celle qui parle fort, qui fait rire le groupe, qui a toujours son mot à dire.

Selon vous, cette personne est-elle la timide du service ?

Non.

Cela ne veut pas dire qu’elle a la même attitude chez elle, dans son cercle privé, mais ici, au travail, elle est considéré comme étant celle qui : PARLE HAUT ET FORT, celle qui FAIT RIRE, et celle qui A UN FORT CARACTERE.

C’est ce qu’elle est, ici.

Mais pendant que le repas suit son cours, mon mode observation est toujours encore enclenché.

A ma droite ma chère collègue Élodie est silencieuse. Elle a les yeux plongés dans son assiette mais de temps en temps elle lève la tête et sourit à l’une des blagues coquines de Marie.

Elle rit de temps en temps mais reste très discrète.

Et là vous vous demandez à quoi me sert d’observer tout ça. Si vous saviez…

Je vais pouvoir vous classer en deux catégories.

Les personnalités faibles et les personnalités fortes.


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3. Mon entourage faible :

Merci d’exister… Grâce à vous, mon entourage faible, moi, je deviens plus forte. Je ne vous ai pas dis que je vous aimais. Je vous ai dit : Merci !

Quand j’ai pris le temps de reconnaître les plus faibles de mon entourage, je vais décider de me servir de vous. Mais pas uniquement dans le but de vous faire du mal. Non. Ce ne serait pas intéressant. Je vais me faire du bien.

La plupart d’entre vous pensez qu’une garce est une femme qui ne pense qu’à elle et qui cherche à faire du tord à tout le monde. Vous avez 100% raison Mesdames, Mesdemoiselles.

Mais moi, je ne suis pas de cette catégorie là. Je suis bien au dessus.

Vous allez comprendre pourquoi un peu plus loin.

L’avantage d’avoir un entourage faible, c’est qu’il va pouvoir m’alimenter. Alimenter ma confiance en moi et mon influence. Quoi de plus facile d’imposer des idées, des prises d’actions quand les personnes qui vous entourent n’ont pas le cran de vous contredire.

Mais ce n’est pas suffisant. Je veux bien plus qu’avoir raison.

Voyez ce que j’adore faire, que je fais sans aucun scrupule et que personne ne remarque.

Quand une personne n’a pas confiance en elle, savez-vous ce qui se passe ? Elle fait des erreurs qu’elle ne ferait pas en temps normal, dans une situation ou un contexte plus familier.

Oui. Elle va faire des gaffes. Et je vais me nourrir de ses gaffes. Et plus je vais m’en nourrir et plus elle va en faire.

Imaginez que vous soyez cette personnalité faible.

Vous n’êtes pas en confiance, vous hésitez dans votre travail mais vous voulez faire au mieux.

Un jour ou l’autre, vous ferez une erreur et je serai présente.

Merci ! Merci pour ce cadeau magnifique !

Je prendrai une voix exaspérée. Une voix bien forte parce que je veux que ce que je vais dire soit entendu d’un maximum de personnes, dont le chef Nicolas, situé pas loin.

– Oh non !! On te l’avait déjà dis en plus !! Attends, attends…

Blâmer une personne sans passer pour une méchante, c’est du pur chef d’œuvre. N’est-ce pas ?

Analysons ce que je viens de faire.

Le « Oh Non !! » consiste à attirer l’attention sur moi, donc sur vous. Maintenant tout le monde est attentif à ce qui se passe. Même ceux qui ne voient pas la scène ont entendu qu’il y avait quelque chose d’anormal.

J’ai réussi la première partie de mon coup.

Le « On te l’avait déjà dit !! » consiste à me dégager doucement du rôle d’oppresseur. Je n’ai pas dis « JE » , mais « ON ». Donc ce n’est pas moi seulement qui vous blâme. C’est l’équipe, le groupe.

Puis j’ai utilisé le mot « DEJA » ce qui veut dire que ce n’est pas la première fois que ON vous fait la remarque. Décidément , vous êtes vraiment nul !

Et pour finir en beauté, j’ai rajouté un délicieux « ATTENDS, ATTENDS ».

Du pur génie de garce de niveau supérieur.

Ces deux mots signifient deux choses. Et que vous le voulez ou non, ils auront un impact fort dans l’esprit naïf de 90% de ceux qui les entendront à ce moment là.

1) Je passe pour une gentille. Je te demande d’attendre car je vais intervenir. Je vais venir t’aider.

2) Vous passez pour un moins que rien car vous avez besoin qu’une personne intervienne sur votre travail ! C’est honteux ! Vous n’êtes vraiment pas efficace ma belle !!

A ce moment précis, vous vous sentez tellement mal que vous ne verrez pas le détail qui aurait pu me trahir. Je crois d’ailleurs que personne ne remarque ce genre de détails. Les gens sont trop absorbés par ce qui saute aux yeux.

Je vais très furtivement jeter un regard sur l’une des responsables situées à quelques pas.

Une personne aussi observatrice que moi comprendra immédiatement que ce regard en coin est un moyen de vérifier si l’erreur commise par Vous, Élodie la timide, a bien été vu et remarqué.

Parce que soyons clair. Moi je veux que tout le monde voit vos erreurs. Surtout quand c’est moi qui les remarque. Pourquoi ?

Parce que quand on vous pointe du doigt, ils ne sont pas pointés vers moi.


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4. Mon entourage fort :

Mon entourage fort se constitue très généralement de collègues présentent dans la structure depuis bien plus longtemps que moi, de personnalités très fortes, de leaders, de chefs ou cadres de service. Toutes ces personnes n’ont plus rien à prouver et du coup, je ne peux pas avoir d’emprise sur elles. Je n’ai rien à leur apporter. Par contre, moi, j’ai besoin d’elles.

Avez-vous déjà vu l’accueil offert aux célébrités dans les hôtels de luxe ?

Imaginez.

Visualisez.

Sourires forcés. Rires forcés.

Et bien c’est tout moi.

Avec les personnalités fortes de mon entourage, je suis prête à rire à toutes leurs blagues. Quelles soient bonnes ou minables d’ailleurs. Mais j’ai de la chance. Mon rire fait vrai. On y croit. Alors j’en rajoute. Je ris fort au milieu du couloir pour montrer que je suis la bonne collègue. La collègue cool avec qui il faut passer du temps. Bien oui, je ris, je souris… Qui n’aime pas ça ?

Ah… Cette magie du rire, même forcé.

Par contre, je m’arrange pour ne jamais aller en contradiction avec mon entourage fort. Par exemple, vous souvenez-vous de Marie ? Celle qui parle fort. Et bien elle, je ne l’aime pas. Je ne supporte pas l’aisance qu’elle a. Je lui vomirai bien à la figure mais… je ne peux pas me le permettre. Je ne peux pas me la mettre à dos. Son influence sur les autres femmes de l’établissement est trop forte. Je serai perdante, je le sais.

Alors je vais rire avec elle. Blaguer sur les mêmes sujets. Travailler main dans la main. Je vais même jusqu’à faire semblant de partager des choses intimes avec elle. Oh oui!

Plus elle a l’impression qu’on est proche, plus elle aimera ma présence, plus elle me considérera, plus les autres le remarqueront, plus mon influence grandira, plus les faibles me craindront, plus les fort m’aimeront. Et ainsi de suite…. C’est une boucle.

Le tout est d’ensuite entretenir le tout.

Et ça, vous ne le voyez pas. Pourtant tout se passe sous vos yeux.


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5. Ma conclusion de garce

Vous l’aurez compris. Je suis une hypocrite de niveau 10. Ce que je fais, personne ne le voit, ne le remarque pour une raison bien précise.

Avez-vous une idée ? Allez, réfléchissez.

C’est mon grand secret.

On me prend pour une femme pas méchante, juste et qui veut uniquement faire son travail.

Je ne suis rien de ça. Ça me fait bien rire qu’on puisse me voir comme telle.

Et connaissez-vous la raison pour laquelle on me voit comme ça ?

Parce que je ne suis pas une leader.

Je ne suis pas une Marie. Alors, on ne se méfie pas de moi.

On ne voit que mon magnifique sourire et mon rire de marché.

C’est ma force.

Personne ne se méfie de moi. Ainsi, je limite les personnes qui pourraient ne pas m’apprécier. Car on le sait : Être une grande bouche a aussi un prix dans notre monde de femmes. Cela crée de la jalousie et du mépris, même s’il est très souvent camouflé derrière des sourires et des accolades.

Je n’ai pas les épaules pour subir du mépris de trop de personnes. Je ne suis pas suffisamment forte pour ça. Je suis légèrement lâche. Je l’avoue.

Alors je fais en sorte qu’un maximum m’aime. Je ferai en sorte qu’un petit nombre me craigne.

De toutes les manières, d’un côté comme de l’autre, je ne vous aime pas mais j’aime ce que je vis à vos côtés, mes très chères collègues.


Merci d’avoir lu cette analyse romancée. Vous savez maintenant ce que peut être une garce camouflée dans votre entourage et de quelle façon elle est capable d’ agir. J’ai écris cet article sous le ton de l’auto-dénonciation car c’était le meilleur moyen selon moi de décrire l’état d’esprit du serpent en action. Mais surtout, ça a rendu l’écriture plus sympa 🙂

( la lecture aussi je l’espère)

Comme je vous l’exprime dans le “Qui sommes-nous”, l’analyse comportementale est un sujet qui nous passionne au plus haut point et ma capacité d’observation me permet de voir, remarquer des situations pas toujours visibles du premier coup d’œil.

Trop de femmes subissent le vice de certaines de leurs collègues sans réellement comprendre, comment, pourquoi, quand et d’où les choses ont démarré. Pourtant, pouvoir répondre à ces questions vous permettra d’avoir une longueur d’avance et de pouvoir contrer si nécessaire, un mal qui pourrait vous être fait par jalousie ou simple méchanceté.

Mais vous vous demandez à présent comment réagir à tout cela une fois qu’on en prend conscience.

Ce sera le contenu de l’un des prochains articles.

J’ espère que vous aurez apprécié celui-ci et qu’il vous aura apporté quelque chose de positif mais surtout une vision plus claire.

Bonne semaine à vous et à très vite les filles !!

Lémuel